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L’atelier de François-Xavier

L'atelier de François-Xavier

Merci à Marie-Madeleine Raoult pour la photo

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François-Xavier Marange

François-Xavier Marange

Photo de Geneviève Bougie

François-Xavier Marange

François-Xavier Marange

merci à Marie-Madeleine Raoult pour le photo

Très bel hommage à François-Xavier par Claude Chamberlan

La vidéo n’est pas de grande qualité, mais très bel hommage à François-Xavier Marange dans la fin du discours de Claude Chamberlan.

Aside

Décès de l’artiste François-Xavier Marange

Notre ami, l’artiste François-Xavier Marange est décédé à l’âge de 63 ans, à Montréal le lundi 8 octobre 2012. Jusqu’à ses derniers instants, il a affronté courageusement la maladie. François-Xavier laisse l’empreinte d’un homme généreux et intègre, fidèle en amitié et travailleur assidu.

Ses compagnons et camarades artistes veulent exprimer leur profonde sympathie et adresser leurs condoléances à sa famille et aux siens qu’il chérissait tant. À son épouse Ginette Morin, sa fille  Swann et son conjoint Éric, ainsi qu’à leur fille Lou, née le 9 octobre dernier; à son fils adoptif Sylvain, à sa mère, ses soeurs et son frère; à ses neveux et ses nièces, dont Camille et sa petite Kiara. Il laisse également dans le deuil ses beaux-parents, ses beaux-frères, leurs conjointes et leurs enfants, et tous ses autres parents et ses amis de France et du Québec avec lesquels il cultivait des relations chaleureuses.

Au printemps de 1982, François-Xavier débarque à Montréal, répondant à l’invitation de Louis-Pierre Bougie avec qui il avait fraternisé à Paris, lorsqu’il était imprimeur taille-douce chez Lacourière et Frélaut, un atelier réputé internationalement. Formé dans les années 60 à l’Atelier Leblanc, François-Xavier participa au cours des années 70 aux recherches et expérimentations techniques en gravure avec, entre autres, Antonio Tapies, Fiorini, Loutre Bissière, Friedlander, Hamaguchi et Piza. Peu après son arrivée à Montréal, parallèlement à son travail de peintre, il participe à la fondation de l’Atelier Circulaire et en devient l’animateur et la cheville ouvrière, transmettant généreusement son expertise de maître-imprimeur et de graveur à ses confrères et consoeurs artistes. Sa vision de l’estampe influence encore aujourd’hui, 30 ans plus tard, l’esprit et l’atmosphère de travail de l’Atelier Circulaire, un lieu collectif et convivial où l’innovation et le respect du métier et de l’outil vont de pair.

Depuis l’adolescence, François-Xavier Marange avait choisi, conscient déjà de l’engagement nécessaire, de devenir un artiste, l’estampe fut pour lui une porte d’entrée. La peinture accaparera cependant l’essentiel de son attention et de ses énergies. Tout au long de sa vie, la littérature, le théâtre et l’amour de la musique auront nourri son intelligence et sa curiosité insatiable.

À Montréal, de nombreuses expositions ont jalonné son parcours dans les galeries Trois Points, Éric Devlin et Simon Blais; à Ottawa, dans la galerie St-Laurent et Hill. Une exposition rétrospective à la Maison de la culture Parc-Extension soulignait en 2011 l’ampleur de son oeuvre. À cela, s’ajoutent sa participation à des expositions en France, en Espagne et en Suisse, ainsi que la création de plusieurs livres d’artiste et l’écriture de textes poétiques originaux, dont Ainsi fait, texte inédit qui paraîtra cette année, accompagné de gravures de Louis-Pierre Bougie.

François-Xavier Marange a largement mérité la reconnaissance de ses multiples talents et notre admiration. Son décès laisse un grand vide.

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Source : Louis-Pierre Bougie et Denis St-Pierre, ses compagnons d’atelier

Tél. : 514-281-5110

23 octobre 2012

Galerie Simon Blais

Galerie Simon Blais

François-Xavier est représenté par la galerie Simon Blais. Suivez ce lien pour voir son profil et ses oeuvres.

Texte sur François-Xavier de son ami écrivain Jérôme Élie

 

 

Image

Nuit parallèle, 2010, acrylique sr toile, 81 x 81 cm

 

Le devenir du peu

Nombre d’esprits éminents de ce temps ont été élèves de l’École Normale Supérieure. François-Xavier fut également élève de l’École Normale, mais ce fut l’École Normale des Instituteurs. Pour y être admis, une seule exigence: s’être montré singulièrement rébarbatif à l’autorité scolaire et juste bon, par conséquent, à aguerrir des éducateurs débutants. Comparée à l’autre, cette école normale, c’est bien peu. Oui, mais ce n’est pas encore assez peu. Quelques années plus tard un maître attentionné fit à François-Xavier cette remarque toute empreinte de sagesse : «Monsieur Marange, vous n’avez décidément aucun talent pour la peinture.» Comme François-Xavier n’est pas du genre à soupeser longtemps le pour et le contre, il décida illico de devenir peintre.

On peut bien déceler ici les premières manifestations de son entêtement proverbial, sublimé, au plan artistique, dans d’exceptionnelles qualités de discipline, d’acharnement et de rigueur. Mais l’important n’est pas là. Il ne suffit pas d’avoir la force de persévérer, encore faut-il oser persévérer dans le peu. Voilà ce qu’il voulait bien apprendre puisqu’il le savait déjà: que le peu est le seul bagage léger qui permet d’avancer vers l’inconnu et que sans inconnu devant soi, l’artiste s’alourdit et s’immobilise. Or le peu ne lui a jamais fait défaut. Simone Weil a eu cette formule : «Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin.» Jusqu’à son dernier souffle, François-Xavier ne vécut, ne peignit, ne dessina, ne grava qu’en œuvrant ainsi, humble et patient, nu et musclé, généreux et drôle, dans «le devenir du peu», pour reprendre le titre de l’un de ses tableaux récents, guettant le surgissement d’images où on ne se reconnaît pas, où on se reconnaît autre.

Le reste lui importait peu. Le reste? Le mimétique, le joli et le rentable.

Et puis, ceci: quelques heures avant de mourir, au milieu de la nuit, je rentrais bredouille dans sa chambre, il m’avait manqué quelques sous pour un café à la distributrice. Il dormait toujours, ne m’entendit pas m’approcher du lit, ignorant tout de ce qui venait de se passer. Pourtant, il se retourna soudain et, mettant la main à ce qu’il s’imaginait être la poche arrière de son pantalon et qui n’était que sa fesse toute blanche, il me dit : «J’ai des pièces de monnaie qui viennent de tomber de ma poche, tu les vois?» Je lui répondis que je ne les voyais pas, et que de toute manière, d’argent, nous n’avions nul besoin.

Aujourd’hui, je veux bien croire que non seulement il était prêt à me céder le peu qu’il croyait avoir, mais à m’offrir ce qu’il n’avait pas. Telle est la générosité engendrée par le peu. Regardons ses tableaux, ses gravures et nous verrons cela, un peu beaucoup.

J.E.