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Texte sur François-Xavier de son ami écrivain Jérôme Élie

October 25, 2012

 

 

Image

Nuit parallèle, 2010, acrylique sr toile, 81 x 81 cm

 

Le devenir du peu

Nombre d’esprits éminents de ce temps ont été élèves de l’École Normale Supérieure. François-Xavier fut également élève de l’École Normale, mais ce fut l’École Normale des Instituteurs. Pour y être admis, une seule exigence: s’être montré singulièrement rébarbatif à l’autorité scolaire et juste bon, par conséquent, à aguerrir des éducateurs débutants. Comparée à l’autre, cette école normale, c’est bien peu. Oui, mais ce n’est pas encore assez peu. Quelques années plus tard un maître attentionné fit à François-Xavier cette remarque toute empreinte de sagesse : «Monsieur Marange, vous n’avez décidément aucun talent pour la peinture.» Comme François-Xavier n’est pas du genre à soupeser longtemps le pour et le contre, il décida illico de devenir peintre.

On peut bien déceler ici les premières manifestations de son entêtement proverbial, sublimé, au plan artistique, dans d’exceptionnelles qualités de discipline, d’acharnement et de rigueur. Mais l’important n’est pas là. Il ne suffit pas d’avoir la force de persévérer, encore faut-il oser persévérer dans le peu. Voilà ce qu’il voulait bien apprendre puisqu’il le savait déjà: que le peu est le seul bagage léger qui permet d’avancer vers l’inconnu et que sans inconnu devant soi, l’artiste s’alourdit et s’immobilise. Or le peu ne lui a jamais fait défaut. Simone Weil a eu cette formule : «Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin.» Jusqu’à son dernier souffle, François-Xavier ne vécut, ne peignit, ne dessina, ne grava qu’en œuvrant ainsi, humble et patient, nu et musclé, généreux et drôle, dans «le devenir du peu», pour reprendre le titre de l’un de ses tableaux récents, guettant le surgissement d’images où on ne se reconnaît pas, où on se reconnaît autre.

Le reste lui importait peu. Le reste? Le mimétique, le joli et le rentable.

Et puis, ceci: quelques heures avant de mourir, au milieu de la nuit, je rentrais bredouille dans sa chambre, il m’avait manqué quelques sous pour un café à la distributrice. Il dormait toujours, ne m’entendit pas m’approcher du lit, ignorant tout de ce qui venait de se passer. Pourtant, il se retourna soudain et, mettant la main à ce qu’il s’imaginait être la poche arrière de son pantalon et qui n’était que sa fesse toute blanche, il me dit : «J’ai des pièces de monnaie qui viennent de tomber de ma poche, tu les vois?» Je lui répondis que je ne les voyais pas, et que de toute manière, d’argent, nous n’avions nul besoin.

Aujourd’hui, je veux bien croire que non seulement il était prêt à me céder le peu qu’il croyait avoir, mais à m’offrir ce qu’il n’avait pas. Telle est la générosité engendrée par le peu. Regardons ses tableaux, ses gravures et nous verrons cela, un peu beaucoup.

J.E.

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